Guérir l’autisme ?

Parmi les nombreux mythes autour des neurosciences il en existe un qui est même partagé par certains professionnels de santé, celui de la possibilité de guérir de l’autisme.

Or depuis que l’on a commencé à étudier l’autisme sur le plan neurologique, il s’est avéré que l’autisme est un trouble du développement neurobiologique.

Il ne s’agit donc pas d’un comportement qui est acquis à la suite d’un traumatisme psychologique ou autres problèmes médicaux,

C’est d’un développement différent de la norme.

Il ne serait donc peut-être pas considéré comme éthique de tenter de remodeler le cerveau des autistes afin de faire disparaître le trouble, car un autiste nait autiste et se développe avec cette singularité,

Ça serait un peu comme vous retirer ce qui fait de vous ce que vous êtes.

Mais…

Le fantasme des cinglés

Certains « Chercheurs » comme le Pr. Luc Montagnier avec son groupe CHRONIMED estiment qu’il est possible et qu’il faut traiter l’autisme, non pas avec des thérapies comportementales, orthophonie et autres méthodes qui permettent d’aider la personne à être plus autonome et à limiter l’impact du TSA sur son quotidien, non eux promettent de guérir, d’effacer l’autisme de la personne grâce à une thérapie médicamenteuse.

Les « Médecins CHRONIMED » prescrivent toute sorte de cocktails médicamenteux pour « guérir l’autisme », cela comprend des antifongiques, des antibiotiques, des antiparasitaires et bien d’autres joyeusetés…

L’Eau de Javel miraculeuse

Le MMS, pour « Miracle Mineral Solution » ou « Solution Minérale Miracle » en français, plus clairement dit du dioxyde de chlore, qui ni plus ni moins que de l’eau de Javel industrielle

Selon les dires de ceux qui en font la promotion cette solution miracle aurait pour effet de miraculeusement faire disparaître : le cancer, le VIH, la sclérose en plaques, la malaria, l’hépatite, la grippe, le rhume, l’acné,… et bien entendu aussi l’autisme.

Nul besoin d’avoir fait médecine pour comprendre que boire de l’eau de javel ne fera disparaître ni le VIH, ni l’autisme et visiblement pas l’imbécillité.

Selon mon ami wiki, les vrais effets miraculeux de cette solution sont vomissements, diarrhées, nausées et des séjours dans cet hôtel de luxe que l’on appelle hôpital, puisque cela peut bien entendu vous tuer.

Effectivement si l’on tue les autistes et les malades ils ne seront plus autistes ni malades, mais je ne crois pas que cela soit l’effet escompté.

Le Régime sans gluten et sans caséine

La légende veut qu’un régime sans gluten et sans caséine réduise les symptômes de l’autisme.

Centaines-personnes, y compris les autistes peuvent avoir des intolérances alimentaires et si la personne est non verbale il se peut que le seul moyen de l’exprimer soit inadéquat.

Adapter l’alimentation peut alors être envisagé, mais seulement si une intolérance a été identifiée, dans le cas contraire cela serait contre-productif.

TL;DR: Voir image

TL;DR: Too Long;Don’t Read signifie que cette image résume le propos ci-dessous

À ce jour, il n’existe pas de méthode connue capable de faire disparaître miraculeusement l’autisme.

Néanmoins, il est possible de prendre en considération les problématiques de la personne autiste.

De l’aider à mettre en place des stratégies de compensations, qui peuvent être considérées à tort comme une régression ou une disparition du trouble, alors qu’il ne s’agit que de compensation tel un gaucher qui devient ambidextre afin de s’adapter aux outils conçus pour des droitiers.

La compensation n’est pas une résilience.

Un autiste ne va pas réapprendre une aptitude, il va simplement trouver un autre moyen d’obtenir un résultat similaire à celui d’avoir naturellement cette aptitude.

Cette compensation ne peut pas à la fois être qualitative et quantitative, les efforts à fournir étant plus importants (un enfant dysgraphique peut écrire très proprement, mais très lentement).

Le problème étant que l’on vit dans une société qui nous demande d’être productifs et de conserver le même niveau de qualité et de rendement sur de très longues périodes.

Handicap invisible ?

On peut donc en conclure que même si les symptômes de l’autisme peuvent finir par passer inaperçus ils restent néanmoins handicapants.

On considère donc cela comme un handicap invisible et comme tous les handicaps invisibles le fait de l’expliquer à ses pairs relève de l’impossible.

Imaginez une personne détentrice d’un Master 2 en droit vous annoncer qu’elle a commencé à parler correctement qu’à partir de l’âge de 8 ans, qu’elle savait déjà bien lire à 5 ans et qu’elle n’a jamais vraiment su écrire.

Le profile est peu crédible, mais je n’exagère qu’à peine.

La vie d’une personne autiste est axée autour de la compensation des lacunes et des centres d’intérêt plus ou moins importants et plus ou moins restreints et ce sont généralement les centres d’intérêt qui vont pousser un autiste à améliorer ses compétences conversationnelles et/ou sociales.

Diagnostic de TSA

L’Autisme est un trouble complexe avec des profils variés que l’on commence tout juste à appréhender.

Les différentes formes sont maintenant qualifiées de Troubles du Spectre Autistique (DSM-V).

Certains d’entre nous peuvent même présenter un TSA sans le savoir, car la définition longtemps en vigueur de l’autisme infantile de Leo Kanner n’était basée que sur la triade autistique (F84.0 CIM-10) et celle du syndrome d’Asperger de Hans Asperger (F84.5 CIM-10), qui sont en résumé :

  • Troubles qualitatifs de la communication verbale et non verbale (pas de retard d’apparition du langage pour Asperger),
  • Altérations qualitatives des interactions sociales,
  • Comportements présentant des activités et des centres d’intérêt restreints, stéréotypés et répétitifs.

Les troubles de la communication non verbale peuvent passer inaperçus et ceux de la communication verbale être pris pour de la dysphasie.

Le manque d’interaction sociale peut être mis sur le compte d’un problème relationnel avec la mère.

Et le dernier point de la triade peut être mis sur le compte du haut potentiel.

Sans preuve ni démenti, le doute peut subsister assez longtemps pour qu’une personne pressentant un TSA devienne adulte sans qu’aucun vrai diagnostic ne soit posé, voir que les TSA ne soient jamais évoqués par les professionnels de santé.

Bien que la prévalence de l’autisme ne soit pas réellement établie il y a potentiellement plus de 100 000 adultes en France qui ont un TSA sans le savoir, ils connaissent sûrement leurs différences, mais sans savoir qu’il s’agit de TSA.

Selon moi, l’importance du diagnostic ne réside pas seulement dans la prise en charge thérapeutique des caractéristiques des TSA,

Mais plus dans la considération de ce trouble par le personnel soignant qui peut être mis en difficulté face à des personnes qui ont des difficultés à décrire comment ils se sentent et peuvent avoir une nociception particulière,

Un médecin généraliste ayant connaissance du diagnostic pourra plus aisément prendre en charge ses patients atteints de TSA en suivant les recommandations de la Haute Autorité de Santé, même si celui-ci n’a pas suivi de formation particulière sur les TSA.

Conclusion

Le handicap « invisible » des « autistes » est bel et bien réel, au même titre que l’errance diagnostique et l’importance de celui-ci.

Le fait que le Syndrome d’Asperger soit un diagnostic de complaisance pour tous les malades imaginaires est un mythe (les tests comme ceux de l’ADOS module 4 et questionnaires ADI-R sont suffisamment discriminants),

L’Autisme qui se guérit relève quant à lui de la science-fiction à l’heure ou j’écris.

Auteur : Benoît Anastay

Juste un autiste avec deux yeux. 

2 réflexions sur « Guérir l’autisme ? »

    1. Ce que dit cet article c’est que dans le cas de ceux qui ont des problèmes gastro intestinaux le régime sans gluten peut atténuer les symptômes de l’autisme, c’est aussi valable que le fait de soigner un autiste avec une rage de dents va l’aider et aura moins de problèmes de comportements.

      Les autistes non verbaux n’ont pas grandes manières d’exprimer leur mal être, que ce soit une rage de dent ou un mal de ventre cela aura un impacte sur le comportement.

      Cet article ne dit pas que tout les autistes ont des troubles intestinaux et que par conséquent tout les autistes doivent passer au sans gluten, tout médecin respectable dira que ce genre de régime n’est bon qu’en cas d’intolérances,
      Ca n’aura pas d’effets bénéfique ou tout au plus contextuel sur un enfant sans intolérance; tout comme lui retirer une dent saine n’aura pas d’effet sur son comportement, au contraire cela peut même être délétère.

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